Le crépuscule d'un géant (septembre 2009)

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Analyse de l'oeuvre par Zeina Hakim (pdf)

Présentation de l’ouvrage :

Thriller se basant à New York, "Le crépuscule d'un géant" constitue un authentique roman écrit en français dont New York est un des personnages principaux. Construit autour d'Edgar Makine, vieillard ô combien énigmatique, de Svetlana, femme ukrainienne travaillant pour les Nations Unies, et de Fidel, chien rebelle ayant fait des metros sa demeure, l'ouvrage se veut également témoignage du regard porté par un jeune européen sur ce Nouveau Monde aux proportions immenses. L'amour des mots, de la vie et du suspense s'y nouent irrésistiblement conduisant le lecteur vers un dénouement déroutant...

 

Extrait :

« Un profond sentiment de bonheur envahit Frank tandis qu’il mâche le premier morceau de viande ; le steak est cuit comme il les aime, encore un peu saignant mais point trop, et Frank ne peut s’empêcher, à cet instant, de penser à la cuisine suisse, à la cuisine de sa femme, aux ingrédients préparés avec amour et ayant leurs qualités propres, à la richesse et à la diversité des vinaigres, des huiles, des pâtes, des viandes séchées, des fromages, richesse qu’il peine à découvrir en celle qui abrite des centaines de jazzmen et des milliers d’artistes, des dizaines d’étoiles mondaines et quelques philologues experts, des millions de voitures et encore plus d’hommes, une population de deux-roues en nette augmentation et des camions pompiers à rendre jaloux la plupart des membres de la police du feu du monde. Une ville, quoi. L’Helvète ne saisit point pourquoi l’on fait tout un plat de la Grande Pomme – au vu des dimensions des habitants, Grosse Pomme collerait plus à la réalité –, pourquoi tant de films y sont tournés, tant d’argent y transite, pourquoi il y a New York et le reste du monde… Après tout, ce ne sont que quelques misérables millions de paires de godasses qui traînent à New York, somme ridicule comparée aux milliards qui foulent le sol de la planète… Peut-être est-ce la foi en l’avenir, la conviction d’abriter le plus grand musée, le plus grand orchestre, le plus grand opéra du monde, cette naïve et pourtant si puissante certitude qui rend cette ville extraordinaire, aimée et enviée par une bonne partie de la planète ? Peut-être est-ce cet entrain qui la caractérise, ce désir d’aller de l’avant qui fait d’elle un monde à part ? Frank, au plus profond de lui-même et même s’il aime à bougonner, à jouer au schtroumpf grognon, à râler par principe, doit reconnaître qu’il y a, effectivement, quelque chose d’extraordinaire en ce lieu, quelles que soient les odeurs qui peuplent ses souterrains, le nombre d’alarmes d’automobiles qui viennent briser le silence des nuits, l’injustice qui grave son nom à chaque coin de rue, l’indifférence totalissime du New-Yorkais de la bonne société pour le reste du monde. Femme infiniment belle, intelligente, mais au caractère de cochon, New York attire les regards des païens du monde entier, des matérialistes les plus acharnés et des quidams les plus naïfs et Frank se rend compte que, malgré sa haine de l’égoïsme et son mépris pour les beautés creuses, les caractères de cochon, il ne peut faire autrement, lui aussi, que d’admirer la diva qui déambule sur l’avenue du monde… »

 

Extrait 2 :

« L’homme vise le cœur de la bête assoupie par la chaleur, il voit les flancs du berger belge se gonfler et se détendre régulièrement, et Frank tire. Une fois. Deux fois. Trois fois. Dans un court intervalle. Les balles volent. La gueule du serpent s’allonge, à se déchirer, les crocs sont découverts, prêts à injecter leur puissant venin, à l’action instantanée, et le serpent mort. Mort la pierre. Une fois. Deux fois. Et l’ultime coup de gueule se referme sur du vide, file entre les pattes du chien qui, d’un coup d’un seul, s’est relevé, ne saisissant aucunement ce qui se passe, mais comprenant que la mort rôde à toute allure et qu’elle n’a qu’une cible. Lui. Vagabond des temps modernes. Prince des tunnels. Jean sans terre. Etourdi par instants. Qui ne peut que regarder le cobra devenir fou en la présence d’une proie si proche. Toutefois, comme arraché du sol par un réflexe inné, Fidel bondit à terre, plongeant derrière le rocher doré par le soleil, cette plaque dont il s’est fallu d’un rien pour qu’elle ne devînt sa pierre tombale et il entend le crotale siffler férocement entre ses oreilles, lui arrachant quelques poils au passage… Terrassé, le chien ne bouge plus, n’ayant le courage de relever le chef qu’à l’instant où il entend un mastodonte fuir à travers les bois, vers la rivière, et les courts de tennis abandonnés... »