Concerti infinis (2006)

Présentation de l’ouvrage :

Andreï Koliowsky est un jeune pianiste talentueux, tellement doué qu’il a décroché une bourse pour étudier sous la férule de Yuri Ollovsky, empereur des terres noires et blanches. C’est durant sa vertigineuse ascension que le destin d’Andreï change subitement, complètement, peut-être irrémédiablement de trajectoire. Andreï rejoint alors la terre des autres, la terre des hommes, la terre de Spes aussi, gamin qui viendra bouleverser ses convictions les plus profondes…

Ce premier roman passe volontairement d’un ton léger, poétique, à la limite de la naïveté à un réalisme certain, une conscience de la souffrance de la condition humaine sans avertir, pour donner un rythme allant crescendo à l’œuvre, un rythme dont les dernières mesures ne laisseront personne indifférent.

Plus qu’un livre sur la musique, sur un homme, Concerti Infinis est un cri, un cri d’amour à la liberté, à la créativité… le hurlement d’une bête vulnérable dans une société occidentale de plus en plus obnubilée par la réussite matérielle.

 

Extrait :

« Andreï a grandi dans une mégapole, une ville dont les frontières ne cessent de s’étendre, un réseau de conduites de gaz, d’eaux usées et propres incommensurable, une cité dont les marées humaines sont canalisées par le métropolitain, dont les membres de la voirie se comptent par milliers, les édifices religieux, par centaines, les gares ferroviaires et autres aéroports, par dizaines. Dans son enceinte se dressent des monuments que le monde entier jalouse, des musées riches à force d’avoir pillé les trésors de civilisations « barbares », des merveilles architecturales que l’on ne retrouve nulle part ailleurs. Entre ses murs vivent des esprits qui marquent les hommes et leur époque, quelques individualités qui accaparent l’attention de la planète entière, l’homme le plus fortuné du monde, et des millions de simples pékins, d’hommes et de femmes sans rien de particulier, des myriades de chômeurs qui ne connaissent pas l’odeur du pain du lendemain, des milliers de clochards dont les nuits sont faites de froid, de crasse, de boue ; et les jours : d’indifférence, de mépris, de haine, parfois.


La ville qui a vu naître Andreï ne s’est pas construite en un jour. Pareils aux générations se superposant dans les cimetières bondés de sa périphérie, les bâtiments du centre de la mégapole s’empilent les uns sur les autres et le temps, travailleur de l’ombre, fossoyeur si efficace, les enterre sous d’autres étages, sous d’autres bâtisses ; un unique quartier a gardé son cachet des siècles passés. Il baigne les pieds de ses maisons dans un fleuve dont les eaux parcourront encore des étendues infinies de champs, de pâquerettes, de clairières, de forêts, de marais, de quais, d’usines, de docks, de grues avant que de ne s’en aller dans l’empire bleu dont on prétend les tempêtes redoutables… Andreï ne connaît pas l’océan, il sait uniquement qu’il est majestueux, noble, sans fin, que ses vagues, bien qu’instants fugaces, sont éternelles, ses rivages, sublimes et parfois sauvages, que ses eaux abritent des bancs de poissons innombrables, des prédateurs fort efficaces, des géants tranquilles, que ses fonds sont inaccessibles pour l’homme et qu’il n’y a rien de plus beau qu’un arc-en-ciel avançant à sa surface, un soir d’été. L’homme regrette de n’avoir jamais pu le contempler de ses propres yeux. Pour venir dans cette cité au chêne splendide, il a pris l’avion, certes, mais l’oiseau sans plumes, au cours de son vol, n’a pas quitté la terre ferme ; le pianiste en devenir ne peut toujours que rêver de l’océan...


Andreï a entendu dire qu’aucune œuvre musicale ne peut se mesurer au chant de l’empire bleu. L’homme s’est promis, lorsqu’il serait riche, de partir à la découverte de ce mystère de la nature.
 »

 

Extrait 2 :

« Je sentais que Timor, debout à côté de la table, ne supportait pas l’idée que je pusse jouer pour la lune, pour moi, pour le plaisir de jouer. Au fait, il ne comprenait rien à moi. Rien. Un néant nous séparait. Il me frappa une fois, deux fois, puis encore, encore, encore, encore, encore. La pluie du désert, paradoxalement, ne s’arrêtait pas. Je saisis encore quelques bribes de fureur de l’homme puis mon cerveau s’endormit. J’étais triste pour mon ancien ami ; je crois qu’il était jaloux de la lune… »